Les Chroniques de l'Etang
Lundi
21 Mai
2012
n été en Roue-Libre
Chapitre 2. Périple en fauteuil roulant
Désireux de ne pas s'attarder sur cet épisode embarrassant, Touli s'activa à faire avancer le fauteuil roulant. Pour ce premier contact avec le monde extérieur, il voulait juste faire visiter la ville à son amie. Ce serait vite fait, il n'y avait pas grand-chose à voir à Morneville...
Le petit groupe, Touli, Stella et Binocle, s'arrêta longuement devant l'ancien lavoir, haut-lieu historique pour les As de Pique. Cornélius raconta, avec force détails, la bataille qui les avait opposés à la bande à Delecher et qui avait scellé leur amitié.
Il faisait beau, et sous la douce chaleur du soleil estival Stella en oubliait ses limitations et ses complexes. Pour la première fois elle s'imagina en train de gambader avec ses nouveaux amis, aller à vélo jusqu'à l'étang, découvrir le refuge secret dont ils lui avaient si souvent parlé, vivre avec eux toutes leurs aventures. Sa rêverie prit fin brutalement.
« Hé ! Je croyais qu'on mettait les bœufs devant la charrue, pas le contraire ! »
C'était à Touli que s'adressait cette raillerie.
Elle sortait de la bouche d'un garçon à l'allure négligée qu'il reconnut immédiatement : Jean-Marcel Marcot, un membre de la bande à Delecher. Il était flanqué de son inséparable compagnon, Jean-Louis Loursin, qui ajouta :
« Tu l'as achetée au supermarché la poule que t'as mis dans ton caddie ? »
Touli savait que ces deux là étaient des lâches et qu'ils se limiteraient à ricaner de loin. Orville Delecher, leur chef, était le plus belliqueux, mais son commissaire de père l'avait envoyé en colonie de vacances pour l'été.
Il se contenta de marmonner :
« Bande de crétins ! »
Il connaissait des insultes bien plus vulgaires, mais quand il était en présence de Stella, il se sentait obligé de se comporter en gentleman, et le mieux c'était de toute façon de les ignorer. Pourtant il aurait bien voulu donner une bonne raclée à ces imbéciles de Marcot et Loursin et les faire déguerpir !
C'est Gordo qui allait s'en charger. Arrivé à l'improviste sur le lieu de l'altercation, il lança dans leur dos :
« Vous cherchez la bagarre ?.. »
Le seul son de sa voix fit détaler les deux idiots comme des lapins. Ils avaient encore le souvenir cuisant – ou plutôt humide : ils avaient terminé dans le lavoir –, de leur dernière confrontation. Gordo était hilare.
Quand il rejoignit ses compagnons, sa jovialité disparut. La bonne humeur de leur copine s'était évanouie pour laisser place à des larmes. La belle journée était fichue.
« Je veux rentrer maintenant, dit-elle entre ses dents. Non mais vous avez vu ces deux abrutis ? Me comparer à une poule ?
– Sans parler de l'insulte faite à notre ami le fauteuil roulant, ajouta Touli d'un ton très sérieux. Loursin l'a tout de même traité de caddie de supermarché. »
La répartie eut pour effet de redessiner brièvement un sourire sur le visage de la jeune fille. Binocle allait terminer de dissiper son chagrin.
« C'est vrai, il mérite un meilleur traitement que ça. Si on lui donnait un nom ?
– Moi je l'appellerais bien “Roue libre”, dit-elle en se tournant vers les garçons. Vous en pensez quoi ?
– Bin il a des roues et te donne un peu de liberté, répondit Gordo. »
Sans attendre les commentaires des autres, il ajouta :
« Vous avez été au cimetière ?.. »
Le cimetière, c'était son lieu préféré parce que, disait-il, c'était calme et reposant. Drôle d'endroit pour dissiper la mélancolie, pensa Touli.
Ils allèrent donc tous ensemble au cimetière. Ils parcoururent les allées pendant que Gordo leur montrait la tombe de défunts soi-disant célèbres, puis ils furent obligés de rentrer, le temps devenait menaçant. C'était le problème à Morneville : dès qu'il faisait chaud le temps tournait à l'orage.
Ils rejoignirent le domaine des Sorbiers après une cavalcade effrénée, juste quand la pluie commençait à tomber. Sous la poussée conjointe des trois amis le malheureux Roue-Libre sautait plus qu'il ne roulait, son infortunée occupante, bringuebalée en tous sens, s'agrippait comme elle pouvait et poussait des cris d'effroi mêlés de rire.
Madame Vandenberg était sur le perron quand ils arrivèrent, à bout de souffle et morts de rire. Elle mit pudiquement un mouchoir brodé devant son visage. C'était pour dissimuler son émotion. Elle venait de se rendre compte que cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas vu sa fille aussi radieuse.
Les enfants terminèrent l'après-midi avec un bon goûter et une partie de Monopoly, et comme toujours c'est Binocle qui a gagné.
Le petit groupe, Touli, Stella et Binocle, s'arrêta longuement devant l'ancien lavoir, haut-lieu historique pour les As de Pique. Cornélius raconta, avec force détails, la bataille qui les avait opposés à la bande à Delecher et qui avait scellé leur amitié.
Il faisait beau, et sous la douce chaleur du soleil estival Stella en oubliait ses limitations et ses complexes. Pour la première fois elle s'imagina en train de gambader avec ses nouveaux amis, aller à vélo jusqu'à l'étang, découvrir le refuge secret dont ils lui avaient si souvent parlé, vivre avec eux toutes leurs aventures. Sa rêverie prit fin brutalement.
« Hé ! Je croyais qu'on mettait les bœufs devant la charrue, pas le contraire ! »
C'était à Touli que s'adressait cette raillerie.
Elle sortait de la bouche d'un garçon à l'allure négligée qu'il reconnut immédiatement : Jean-Marcel Marcot, un membre de la bande à Delecher. Il était flanqué de son inséparable compagnon, Jean-Louis Loursin, qui ajouta :
« Tu l'as achetée au supermarché la poule que t'as mis dans ton caddie ? »
Touli savait que ces deux là étaient des lâches et qu'ils se limiteraient à ricaner de loin. Orville Delecher, leur chef, était le plus belliqueux, mais son commissaire de père l'avait envoyé en colonie de vacances pour l'été.
Il se contenta de marmonner :
« Bande de crétins ! »
Il connaissait des insultes bien plus vulgaires, mais quand il était en présence de Stella, il se sentait obligé de se comporter en gentleman, et le mieux c'était de toute façon de les ignorer. Pourtant il aurait bien voulu donner une bonne raclée à ces imbéciles de Marcot et Loursin et les faire déguerpir !
C'est Gordo qui allait s'en charger. Arrivé à l'improviste sur le lieu de l'altercation, il lança dans leur dos :
« Vous cherchez la bagarre ?.. »
Le seul son de sa voix fit détaler les deux idiots comme des lapins. Ils avaient encore le souvenir cuisant – ou plutôt humide : ils avaient terminé dans le lavoir –, de leur dernière confrontation. Gordo était hilare.
Quand il rejoignit ses compagnons, sa jovialité disparut. La bonne humeur de leur copine s'était évanouie pour laisser place à des larmes. La belle journée était fichue.
« Je veux rentrer maintenant, dit-elle entre ses dents. Non mais vous avez vu ces deux abrutis ? Me comparer à une poule ?
– Sans parler de l'insulte faite à notre ami le fauteuil roulant, ajouta Touli d'un ton très sérieux. Loursin l'a tout de même traité de caddie de supermarché. »
La répartie eut pour effet de redessiner brièvement un sourire sur le visage de la jeune fille. Binocle allait terminer de dissiper son chagrin.
« C'est vrai, il mérite un meilleur traitement que ça. Si on lui donnait un nom ?
– Moi je l'appellerais bien “Roue libre”, dit-elle en se tournant vers les garçons. Vous en pensez quoi ?
– Bin il a des roues et te donne un peu de liberté, répondit Gordo. »
Sans attendre les commentaires des autres, il ajouta :
« Vous avez été au cimetière ?.. »
Le cimetière, c'était son lieu préféré parce que, disait-il, c'était calme et reposant. Drôle d'endroit pour dissiper la mélancolie, pensa Touli.
Ils allèrent donc tous ensemble au cimetière. Ils parcoururent les allées pendant que Gordo leur montrait la tombe de défunts soi-disant célèbres, puis ils furent obligés de rentrer, le temps devenait menaçant. C'était le problème à Morneville : dès qu'il faisait chaud le temps tournait à l'orage.
Ils rejoignirent le domaine des Sorbiers après une cavalcade effrénée, juste quand la pluie commençait à tomber. Sous la poussée conjointe des trois amis le malheureux Roue-Libre sautait plus qu'il ne roulait, son infortunée occupante, bringuebalée en tous sens, s'agrippait comme elle pouvait et poussait des cris d'effroi mêlés de rire.
Madame Vandenberg était sur le perron quand ils arrivèrent, à bout de souffle et morts de rire. Elle mit pudiquement un mouchoir brodé devant son visage. C'était pour dissimuler son émotion. Elle venait de se rendre compte que cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas vu sa fille aussi radieuse.
Les enfants terminèrent l'après-midi avec un bon goûter et une partie de Monopoly, et comme toujours c'est Binocle qui a gagné.
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