Les Chroniques de l'Etang
Lundi
21 Mai
2012
n été en Roue-Libre
Chapitre 3. Les joies de la navigation de plaisance
Il était dit que cet été, le pauvre Roue-Libre n'avait pas fini de souffrir.
Suite à une réunion ultraconfidentielle des As de Pique, on avait convenu que Stella allait faire partie intégrante de la Confrérie. Mais il y avait tout un protocole à respecter : ce ne pourrait se faire qu'à la cabane de l'étang, leur refuge secret.
L'ennui, c'est qu'on ne pouvait envisager d'utiliser l'itinéraire habituel, celui qui passait le long de l'étang. Ce n'était qu'un chemin de terre, impraticable avec un fauteuil roulant. L'évidence s'imposa : si on ne pouvait pas rejoindre la cabane par la terre, il faudrait que ce soit par l'eau.
Le plan s'échafauda peu à peu. On acheminerait Stella dans son fauteuil roulant jusqu'à la vieille jetée de bois dont se servaient les pêcheurs du dimanche. De là, on la transborderait sur le bateau du père Léonard, une vieille barque que le curé utilisait pour aller taquiner le goujon et qu'il laissait à proximité. Il ne risquait pas d'en avoir besoin : il était parti avec la colonie de vacances – il en était l'organisateur, comme tous les ans.
Une fois dans le bateau, il suffirait de ramer jusqu'à l'embarcadère attenant à la cabane, puis de hisser Stella avec une corde. Là elle pourrait réintégrer son fauteuil qu'on aurait amené par voie terrestre. Ainsi elle pourrait atteindre enfin le lieu secret de rendez-vous de la Confrérie de l'As de Pique et prêter le serment de fidélité indispensable à son intronisation. Tout semblait au point.
Comme le temps était sec depuis plusieurs jours, le chemin qui menait au pont de bois était assez facile d'accès, même en fauteuil roulant. Gordo poussait, les autres tiraient et on avançait ainsi.
Le parcours sur la jetée se passa sans problème, Stella fut juste un peu secouée à cause des lattes de bois disjointes, mais elle commençait à être habituée à ce genre de traitement.
Le procédé d'embarquement s'avérait être plus risqué. Après quelques instants de réflexion, on décida de faire descendre l'occupante de son fauteuil et de l'assoir tout au bout du quai, pendant que Binocle manœuvrait la barque pour l'approcher au plus près et l'amarrer. C'était lui le plus habile à ce genre de choses.
Gordo monta dans la barque pour se préparer à accueillir la passagère pendant que Touli la retenait depuis le quai.
Mais l'eau est un élément instable, et Gordo perdit l'équilibre au moment critique du transbordement. Il tomba à la renverse dans le bateau, entraînant avec lui les deux autres. Heureusement la chute de Stella fut amortie pas sa corpulence et elle se retrouva sans trop savoir comment dans l'embarcation. Touli eut moins de chance. Emporté par l'élan, il termina la tête la première dans l'eau, froide malgré la saison.
Une grande confusion s'en suivit. Il se débattait dans l'eau en faisant beaucoup d'éclaboussures pour se maintenir à flot. Heureusement qu'il savait nager. La barque tanguait dangereusement pendant que ses occupants tentaient de la stabiliser. Finalement Touli parvint à s'agripper à l'amarre qui reliait le bateau à la jetée et les choses se calmèrent.
Il rejoignit la terre ferme et entreprit ensuite, comme convenu, d'acheminer Roue-Libre par le sentier qu'ils utilisaient habituellement, tandis que ses comparses s'adonnaient aux joies de la navigation à rames.
Suite à une réunion ultraconfidentielle des As de Pique, on avait convenu que Stella allait faire partie intégrante de la Confrérie. Mais il y avait tout un protocole à respecter : ce ne pourrait se faire qu'à la cabane de l'étang, leur refuge secret.
L'ennui, c'est qu'on ne pouvait envisager d'utiliser l'itinéraire habituel, celui qui passait le long de l'étang. Ce n'était qu'un chemin de terre, impraticable avec un fauteuil roulant. L'évidence s'imposa : si on ne pouvait pas rejoindre la cabane par la terre, il faudrait que ce soit par l'eau.
Le plan s'échafauda peu à peu. On acheminerait Stella dans son fauteuil roulant jusqu'à la vieille jetée de bois dont se servaient les pêcheurs du dimanche. De là, on la transborderait sur le bateau du père Léonard, une vieille barque que le curé utilisait pour aller taquiner le goujon et qu'il laissait à proximité. Il ne risquait pas d'en avoir besoin : il était parti avec la colonie de vacances – il en était l'organisateur, comme tous les ans.
Une fois dans le bateau, il suffirait de ramer jusqu'à l'embarcadère attenant à la cabane, puis de hisser Stella avec une corde. Là elle pourrait réintégrer son fauteuil qu'on aurait amené par voie terrestre. Ainsi elle pourrait atteindre enfin le lieu secret de rendez-vous de la Confrérie de l'As de Pique et prêter le serment de fidélité indispensable à son intronisation. Tout semblait au point.
Comme le temps était sec depuis plusieurs jours, le chemin qui menait au pont de bois était assez facile d'accès, même en fauteuil roulant. Gordo poussait, les autres tiraient et on avançait ainsi.
Le parcours sur la jetée se passa sans problème, Stella fut juste un peu secouée à cause des lattes de bois disjointes, mais elle commençait à être habituée à ce genre de traitement.
Le procédé d'embarquement s'avérait être plus risqué. Après quelques instants de réflexion, on décida de faire descendre l'occupante de son fauteuil et de l'assoir tout au bout du quai, pendant que Binocle manœuvrait la barque pour l'approcher au plus près et l'amarrer. C'était lui le plus habile à ce genre de choses.
Gordo monta dans la barque pour se préparer à accueillir la passagère pendant que Touli la retenait depuis le quai.
Mais l'eau est un élément instable, et Gordo perdit l'équilibre au moment critique du transbordement. Il tomba à la renverse dans le bateau, entraînant avec lui les deux autres. Heureusement la chute de Stella fut amortie pas sa corpulence et elle se retrouva sans trop savoir comment dans l'embarcation. Touli eut moins de chance. Emporté par l'élan, il termina la tête la première dans l'eau, froide malgré la saison.
Une grande confusion s'en suivit. Il se débattait dans l'eau en faisant beaucoup d'éclaboussures pour se maintenir à flot. Heureusement qu'il savait nager. La barque tanguait dangereusement pendant que ses occupants tentaient de la stabiliser. Finalement Touli parvint à s'agripper à l'amarre qui reliait le bateau à la jetée et les choses se calmèrent.
Il rejoignit la terre ferme et entreprit ensuite, comme convenu, d'acheminer Roue-Libre par le sentier qu'ils utilisaient habituellement, tandis que ses comparses s'adonnaient aux joies de la navigation à rames.
Dire que Stella apprécia cette régate improvisée était bien loin de la réalité. Elle, la citadine, et qui plus est, invalide, avait été loin de s'imaginer qu'elle pourrait vivre un jour de si palpitantes aventures. Elle en savoura chaque seconde sans être consciente des risques qu'elle encourait. Il valait mieux que ses parents ne sachent rien de tout ça !
Mais on approchait d'un autre moment difficile, celui de l'accostage.
Touli avait déjà rejoint la digue vermoulue qui faisait le lien entre l'ancienne cabane de pêcheurs et l'étang, et avait mis Roue-Libre en place.
Les autres exécutaient les manœuvres visant à stabiliser l'embarcation qui était maintenant amarrée au petit pont. Le dénivelé était plus important que ce qu'ils avaient imaginé, parce qu'en été le niveau de l'étang baissait. Il allait falloir hisser Stella à la force des bras.
Qu'aurait-on fait sans Gordo ? Après avoir positionné la jeune fille – sans trop de ménagement d'ailleurs – il sauta prestement sur la digue pour tirer sur la grosse corde de chanvre qui la ceinturait. S'il s'était trouvé là, un spectateur aurait trouvé la scène comique : Binocle poussait, les deux autres tiraient et Stella les aidait du mieux qu'elle pouvait avec ses bras. Enfin elle se retrouva sur le pont de bois. La corde l'avait douloureusement marquée malgré les précautions prises, mais elle s'en moquait. Le plus dur était fait, il ne restait plus qu'à la jucher sur son fauteuil et entrer triomphalement dans le refuge secret.
La cérémonie pouvait commencer...
Mais on approchait d'un autre moment difficile, celui de l'accostage.
Touli avait déjà rejoint la digue vermoulue qui faisait le lien entre l'ancienne cabane de pêcheurs et l'étang, et avait mis Roue-Libre en place.
Les autres exécutaient les manœuvres visant à stabiliser l'embarcation qui était maintenant amarrée au petit pont. Le dénivelé était plus important que ce qu'ils avaient imaginé, parce qu'en été le niveau de l'étang baissait. Il allait falloir hisser Stella à la force des bras.
Qu'aurait-on fait sans Gordo ? Après avoir positionné la jeune fille – sans trop de ménagement d'ailleurs – il sauta prestement sur la digue pour tirer sur la grosse corde de chanvre qui la ceinturait. S'il s'était trouvé là, un spectateur aurait trouvé la scène comique : Binocle poussait, les deux autres tiraient et Stella les aidait du mieux qu'elle pouvait avec ses bras. Enfin elle se retrouva sur le pont de bois. La corde l'avait douloureusement marquée malgré les précautions prises, mais elle s'en moquait. Le plus dur était fait, il ne restait plus qu'à la jucher sur son fauteuil et entrer triomphalement dans le refuge secret.
La cérémonie pouvait commencer...
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