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Titre :
Le fantôme derrière le rideau
Publication :
12 Décembre 2011
Langue :
Français
Auteur :
Patrick Langlois
Résumé
Il y a un fantôme au Domaine des Sorbiers ! C'est ce qu'a découvert Cornélius en se rendant à la réunion secrète de la Confrérie de l'As de Pique. A moins que la jeune fille qu'il a aperçue fortuitement ne soit retenue prisonnière dans le vieux manoir, en théorie inhabité... Quoi qu'il en soit, il y a quelque chose de louche là-bas, et il faut élucider ce mystère.
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Lundi
21 Mai
2012

le fantôme derrière le rideau

Chapitre 3. Rencontre avec un fantôme

Une nouvelle expédition fut programmée pour le samedi suivant. Cette fois il allait falloir s'aventurer bien plus loin que l'orée du parc, il faudrait entrer dans la maison, aller jusqu'à la pièce où la jeune fille était séquestrée.
Binocle n'avait pu se libérer avant la fin de l'après-midi à cause de sa leçon de piano, aussi ce n'est que vers cinq heures qu'ils purent se mettre en position, au même endroit où ils étaient l'autre mercredi. La voiture noire était parquée devant le grand escalier, comme l'autre jour, ce qui signifiait que les malfaiteurs étaient là.
Les trois amis étaient dans l'expectative, ils s'interrogeaient sur la meilleure tactique à utiliser quand un bruit de moteur se fit entendre. C'était la voiture qui démarrait. La voie se dégageait de façon inespérée.
Une fois que la limousine noire eut disparu, les trois garçons décidèrent de s'approcher de la maison. Cornélius se rappelait exactement quelle fenêtre avait été le lieu de l'apparition, mais il fallait l'atteindre, elle était au premier étage. Mais encore une fois, la chance était avec eux : ils trouvèrent une échelle sans doute laissée là par les ouvriers qui faisaient des travaux de restauration.
Gordo se proposa courageusement de maintenir l'échelle et de faire le guet mais de toute façon, c'était plus prudent qu'un seul d'entre eux entre dans la maison. Ce serait Cornélius, évidemment.
Il escalada l'échelle et se retrouva devant la fenêtre. Il ne pouvait pas distinguer grand-chose à l'intérieur à cause de la crasse accumulée par les ans et du rideau qui lui bouchait la vue. En plus il ne put entrer, la fenêtre était hermétiquement fermée. Que faire ? Casser la vitre ? Il ne put s'y résoudre, c'était dans son esprit un acte d'effraction plus grave que celui d'entrer par une fenêtre ouverte.
Il redescendit l'échelle et fit part de sa déconvenue à ses compagnons.
De son côté, Binocle avait anticipé cette éventualité et avait inspecté les environs. Il avait trouvé une autre fenêtre du premier étage, sur le côté gauche du bâtiment qui elle, paraissait entrouverte. Peut-être que Cornélius pourrait passer par là...
On déplaça l'échelle et le jeune intrépide gravit de nouveau les échelons.
La fenêtre était bien ouverte, il l'enjamba. Elle donnait sur un long couloir, parcouru par un tapis aux motifs géométriques dans les tons bordeaux. De chaque côté, à intervalles réguliers, le mur s'ouvrait sur une porte. Elles étaient toutes identiques, comme dans les hôtels.
Cornélius compta deux portes sur sa droite, ce qui, d'après ses calculs, devait correspondre à la fenêtre où s'était produite l'apparition. Retenant son souffle, il appuya sur la poignée de laiton et poussa lentement.
La porte s'ouvrit. Pas de grincement comme il le craignait, mais un bruit sourd et régulier qui semblait résonner jusque dans sa poitrine. Il réalisa après un moment que c'étaient les battements de son cœur ! Il prit un peu de temps pour se calmer, puis passa la tête par l'entrebâillement de la porte.
La pièce était plongée dans la pénombre, on n'entendait aucun bruit. Deux pas et il était à l'intérieur d'une chambre décorée à l'ancienne : des vieux meubles patinés, des tentures lourdes et poussiéreuses, des tableaux qui représentaient des paysages, un lit couvert d'un gros édredon blanc avec de la dentelle ouvragée, des coussins partout. Dans un tel décor, on pouvait s'attendre à tout moment à voir apparaître un fantôme...
A peine cette pensée eut-elle traversé son esprit qu'il perçut un souffle sur sa droite. Dans un étrange fauteuil, dont le style détonnait avec le reste de la décoration, quelqu'un était assoupi.
Pétrifié, il reconnu l'apparition de la fenêtre. Il discerna tour à tour un visage pâle, des cheveux dorés et ondulés, puis deux yeux enfoncés dans leurs orbites... qui s'ouvrirent au moment exact où ils rencontrèrent les siens. Deux cris stridents déchirèrent le silence en même temps : Cornélius et son fantôme exprimaient la même épouvante l'un face à l'autre.
Le garçon fit volte-face et, dans sa précipitation, il heurta de plein fouet le battant de la porte restée entrouverte. Il tomba lourdement sur le sol, à demi assommé.
Le côté burlesque de la scène eut pour effet surprenant de faire rire le fantôme. Mais ce n'était pas le ricanement sinistre d'un revenant, plutôt le rire cristallin d'une jeune fille. Cornélius releva la tête et put constater que ce spectre n'était pas si effrayant que la première fois où il l'avait vu. Les traits étaient gracieux et finement dessinés, c'était l'extrême pâleur de la carnation et les yeux enfoncés dans leurs orbites qui lui donnaient cette apparence cadavérique.
« Mais qui diable êtes-vous ?.. Le fantôme avait une voix. C'est vous qui m'observiez mercredi dernier depuis le parc, n'est-ce pas ? »
La fille le vouvoyait et Cornélius ne savait pas trop quelle attitude adopter.
« Je... Je croyais que la maison était abandonnée, dit-il confusément. Quand je t'ai... je vous ai vue pour la première fois, je... j'ai cru que c'était un fantôme, après j'ai pensé que tu... que vous aviez été kidnappée et que vous étiez retenue prisonnière par les gens de la grosse voiture noire alors avec mes copains on a voulu te... vous déliv... »
Il n'eut pas le temps de donner plus d'explications, il sentit une formidable douleur à l'arrière de son crâne, tout se mit à tourner et il perdit connaissance. Un colosse avec une grosse moustache dans un uniforme gris anthracite venait de l'assommer.
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