Les Chroniques de l'Etang
Lundi
21 Mai
2012
e fantôme derrière le rideau
Chapitre 1. Le Domaine des Sorbiers
Ce mercredi, Cornélius avait reçu un bien curieux message : “Rendé vou au lieu secret apré mangai”. Il était signé d'une tache noire, un symbole qui avait vaguement l'apparence d'un as de pique.
Il sourit. Il savait exactement ce que signifiait ce message, tout comme le symbole qui le ponctuait. C'était une convocation de la Confrérie de l'As de Pique, la société secrète qu'il avait fondée avec ses amis Binocle et Gordo. Il savait même qui avait écrit la missive, les fautes d'orthographe ne laissant aucun doute sur son auteur. Il corrigea mentalement : “Rendez-vous au lieu secret après manger”. Dans le langage du Gordo, cela signifiait que la réunion avait lieu à la cabane de l'étang, après le déjeuner.
Il avait décidé de passer par le Chemin de la Potence, une route de campagne qui, malgré son nom inquiétant, s'avérait fort agréable en ce mois de Juin.
La route était jalonnée de pâturages entourés de barbelés, de champs d'orge et de blé, de bosquets ombragés, entrecoupés de quelques propriétés isolées, souvent inhabitées, la plupart des résidences de vacances.
Tout en cheminant, il se disait qu'il aimerait bien habiter dans une de ces maisons, lui qui logeait avec sa maman dans le sordide petit appartement de la mairie, quand son attention fut attirée par l'une d'elles. Elle avait tout d'un manoir hanté avec son portail rouillé en fer forgé et son mur d'enceinte aux pierres de taille. La grille, sur laquelle on pouvait lire “Les Sorbiers” était fermée par un gros cadenas, lui aussi corrodé. Sur le côté gauche, le mur était en partie effondré...
Poussé par la curiosité, et après s'être assuré qu'il était seul, Cornélius se décida à escalader l'amas de parpaings. L'obstacle fut franchi facilement, tout comme l'entrelacs de lierres et de ronces qui se trouvaient de l'autre côté, et il se retrouva à l'intérieur de la propriété.
Il resta un moment immobile à observer le vaste parc, visiblement laissé à l'abandon, qui s'étendait devant lui. Envahi d'herbes folles, il était jalonné de grands arbres, autrefois majestueux, et de petits buissons touffus.
Au delà du parc, se profilait une longue bâtisse de forme symétrique, faite de pierres de taille et de briques. Elle était divisée en son milieu par un grand escalier de pierre qui montait à gauche et à droite pour former un perron, et qui donnait sur une immense porte en bois. De chaque côté, on pouvait compter un même nombre de fenêtres sur trois rangées, des grandes en bas, des moyennes au milieu, puis des petites, juste sous la ligne du toit.
Perdu dans sa contemplation, le regard de Cornélius papillonnait d'une fenêtre à l'autre. Soudain, il se figea de stupeur.
Non, ce n'était pas son imagination, il avait clairement vu, là, derrière une des fenêtres du premier étage, un visage qui l'observait, à peine masqué par un rideau entrouvert !
Il y regarda à deux fois, mais la vision avait déjà disparu et le rideau s'était rabattu. Rien ne bougeait. Pourtant il n'avait pas halluciné, il était sûr d'avoir vu quelque chose. Derrière la vitre, il avait nettement distingué un visage blafard entouré de longs cheveux blonds et bouclés, et des yeux inexpressifs qui le fixaient. Un visage féminin, mais qu'on aurait dit sans âme.
Epouvanté, il déguerpit à toutes jambes.
Il arriva hors d'haleine au lieu de rendez-vous où ses copains l'attendaient et il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre sa respiration.
Dans son agitation, il ne se souvenait plus du satané mot de passe.
« Roi de Trèfle... Non, As de Pique ! »
Devant les yeux éberlués de Gordo, le fils du boucher Bernard Gordeau, et de Binocle, le fils du docteur Mazal, qui devait son surnom à ses lunettes rondes, il raconta son aventure :
« Je l'ai vue comme je vous vois, c'était dans la vieille maison abandonnée, sur le Chemin de la Potence, celle avec le grand portail rouillé et le mur effondré. C'est par là que je suis entré et que j'ai regardé pour savoir comment c'était, à l'intérieur. Et j'ai vu que, depuis une fenêtre du premier étage, quelqu'un m'observait. »
Il s'arrêta un instant pour jauger de l'impact de sa révélation, puis poursuivit :
« C'était une fille, j'en suis sûr, mais on aurait dit un mort-vivant. Et l'instant d'après, hop, elle avait disparu ! »
Il avait claqué des doigts pour montrer combien cette apparition avait été brève.
Les deux copains se regardèrent, d'abord incrédules, mais l'état d'agitation de Cornélius montrait qu'il ne plaisantait pas. On se concerta.
Effectivement, d'après ce que Gordo savait, la demeure n'était plus habitée depuis longtemps. Ils arrivèrent à une seule conclusion : Cornélius avait bel et bien vu un fantôme !
Il sourit. Il savait exactement ce que signifiait ce message, tout comme le symbole qui le ponctuait. C'était une convocation de la Confrérie de l'As de Pique, la société secrète qu'il avait fondée avec ses amis Binocle et Gordo. Il savait même qui avait écrit la missive, les fautes d'orthographe ne laissant aucun doute sur son auteur. Il corrigea mentalement : “Rendez-vous au lieu secret après manger”. Dans le langage du Gordo, cela signifiait que la réunion avait lieu à la cabane de l'étang, après le déjeuner.
Il avait décidé de passer par le Chemin de la Potence, une route de campagne qui, malgré son nom inquiétant, s'avérait fort agréable en ce mois de Juin.
La route était jalonnée de pâturages entourés de barbelés, de champs d'orge et de blé, de bosquets ombragés, entrecoupés de quelques propriétés isolées, souvent inhabitées, la plupart des résidences de vacances.
Tout en cheminant, il se disait qu'il aimerait bien habiter dans une de ces maisons, lui qui logeait avec sa maman dans le sordide petit appartement de la mairie, quand son attention fut attirée par l'une d'elles. Elle avait tout d'un manoir hanté avec son portail rouillé en fer forgé et son mur d'enceinte aux pierres de taille. La grille, sur laquelle on pouvait lire “Les Sorbiers” était fermée par un gros cadenas, lui aussi corrodé. Sur le côté gauche, le mur était en partie effondré...
Poussé par la curiosité, et après s'être assuré qu'il était seul, Cornélius se décida à escalader l'amas de parpaings. L'obstacle fut franchi facilement, tout comme l'entrelacs de lierres et de ronces qui se trouvaient de l'autre côté, et il se retrouva à l'intérieur de la propriété.
Il resta un moment immobile à observer le vaste parc, visiblement laissé à l'abandon, qui s'étendait devant lui. Envahi d'herbes folles, il était jalonné de grands arbres, autrefois majestueux, et de petits buissons touffus.
Au delà du parc, se profilait une longue bâtisse de forme symétrique, faite de pierres de taille et de briques. Elle était divisée en son milieu par un grand escalier de pierre qui montait à gauche et à droite pour former un perron, et qui donnait sur une immense porte en bois. De chaque côté, on pouvait compter un même nombre de fenêtres sur trois rangées, des grandes en bas, des moyennes au milieu, puis des petites, juste sous la ligne du toit.
Perdu dans sa contemplation, le regard de Cornélius papillonnait d'une fenêtre à l'autre. Soudain, il se figea de stupeur.
Non, ce n'était pas son imagination, il avait clairement vu, là, derrière une des fenêtres du premier étage, un visage qui l'observait, à peine masqué par un rideau entrouvert !
Il y regarda à deux fois, mais la vision avait déjà disparu et le rideau s'était rabattu. Rien ne bougeait. Pourtant il n'avait pas halluciné, il était sûr d'avoir vu quelque chose. Derrière la vitre, il avait nettement distingué un visage blafard entouré de longs cheveux blonds et bouclés, et des yeux inexpressifs qui le fixaient. Un visage féminin, mais qu'on aurait dit sans âme.
Epouvanté, il déguerpit à toutes jambes.
Il arriva hors d'haleine au lieu de rendez-vous où ses copains l'attendaient et il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre sa respiration.
Dans son agitation, il ne se souvenait plus du satané mot de passe.
« Roi de Trèfle... Non, As de Pique ! »
Devant les yeux éberlués de Gordo, le fils du boucher Bernard Gordeau, et de Binocle, le fils du docteur Mazal, qui devait son surnom à ses lunettes rondes, il raconta son aventure :
« Je l'ai vue comme je vous vois, c'était dans la vieille maison abandonnée, sur le Chemin de la Potence, celle avec le grand portail rouillé et le mur effondré. C'est par là que je suis entré et que j'ai regardé pour savoir comment c'était, à l'intérieur. Et j'ai vu que, depuis une fenêtre du premier étage, quelqu'un m'observait. »
Il s'arrêta un instant pour jauger de l'impact de sa révélation, puis poursuivit :
« C'était une fille, j'en suis sûr, mais on aurait dit un mort-vivant. Et l'instant d'après, hop, elle avait disparu ! »
Il avait claqué des doigts pour montrer combien cette apparition avait été brève.
Les deux copains se regardèrent, d'abord incrédules, mais l'état d'agitation de Cornélius montrait qu'il ne plaisantait pas. On se concerta.
Effectivement, d'après ce que Gordo savait, la demeure n'était plus habitée depuis longtemps. Ils arrivèrent à une seule conclusion : Cornélius avait bel et bien vu un fantôme !
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