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Titre :
La Confrérie de l'As de Pique
Publication :
06 Décembre 2011
Langue :
Français
Auteur :
Patrick Langlois
Résumé
L'arrivée de Cornélius Tournel dans la petite école de Morneville n'était pas passée inaperçue. Le mystère entourant son père, de qui on ne savait rien, excitait les imaginations dans la cour de récréation. Alors que les rumeurs allaient bon train, Cornélius, qui avait été mis de côté, entendit une voix derrière lui...
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Les Chroniques de l'Etang

Lundi
21 Mai
2012

la Confrérie de l'As de Pique

Chapitre 2. Rencontre avec un Géant

« Moi c'est Benoît, mais tout le monde m'appelle “Gordo” parce que mon nom c'est Benoît Gordeau. »
Cornélius leva les yeux et vit que la voix provenait d'une grosse tête ronde avec des joues d'un rouge écarlate et un sourire jovial, surmontée par des cheveux bruns coupés en brosse.
Celui qui lui faisait maintenant face le dépassait presque d'une tête et sa corpulence imposait le respect. Pourtant, il n'avait pas l'air menaçant. Il se dégageait de lui une sorte de bonhommie, renforcée par la façon candide qu'il avait eu de se présenter. Cornélius se mit à sourire, ce que son interlocuteur prit tout de suite pour de l'amitié. Il était comme ça, le fils Gordeau, il avait besoin de sentir qu'on l'aime.
Il ne put garder plus longtemps pour lui la question qui lui brûlait les lèvres, la même que celle que tout le monde se posait. Il essaya de l'amener de façon subtile.
« Mon père c'est le boucher, il fait quoi le tien ?
– J'ai pas de père, répondit Cornélius, il est mort quand j'avais huit ans dans un accid... »
Il n'eut pas le temps de donner plus d'explications, Gordo avait détalé en direction des autres. Il gesticulait et hurlait :
« Moi je sais ! Moi je sais ! »
Décidemment c'était un cas, celui-là.
Il traîna avec lui un vaste groupe constitué de garçons et de filles. Ils s'agglutinèrent autour du nouveau et les questions commencèrent à fuser.
On découvrit que son père était pilote d'hélicoptère dans l'armée de l'air et que son engin s'était crashé* en pleine montagne après une avarie de rotor. Une histoire horrible, on n'avait retrouvé aucun survivant.
A peine quelques heures qu'on le connaissait et il était déjà au centre de toutes les conversations, ce que n'appréciait pas du tout Delecher. Il considérait que cette popularité lui faisait de l'ombre et il se sentait vaguement humilié de voir sa version partir en fumée.
La cloche qui annonçait la fin de la récréation retentit, et c'est de mauvais gré que les élèves se regroupèrent devant la porte de leur classe respective.
Les heures de cours étaient longues et fastidieuses, et monsieur Lambert s'employait à les rendre aussi inintéressantes que possible. Comme il fallait s'y attendre, rien de notable ne s'y est passé et c'est avec soulagement que les enfants entendirent la cloche de quatre heures et demie, qui indiquait la fin de l'école.
Gordo avait décidé d'attendre son nouveau copain à la sortie. Il avait prévu de l'emmener au hasard des rues, histoire de le familiariser avec les lieux remarquables – selon ses critères – de la ville. C'était surtout un prétexte pour bavarder. Il parlait beaucoup, souvent pour ne rien dire, mais il était marrant et Cornélius était finalement content de l'avoir comme copain.
A proximité de l'ancien lavoir, là où on lavait le linge avant l'ère des machines à laver, et qui ne servait maintenant que pour laver les voitures et les tracteurs, des éclats de voix attirèrent leur attention. C'était Delecher et sa bande qui tourmentaient quelqu'un.
« C'est Binocle... Heu je veux dire Mazal, dit Gordo à mi-voix, il est dans notre classe, c'est leur tête de turc. Les autres sont chez les Grands. »
Le Binocle en question était petit, chétif et rouquin, et en plus il portait des lunettes rondes qui lui donnaient un air intellectuel. Pas étonnant qu'il joue le rôle du souffre-douleur.
Delecher était accompagné de ses deux fidèles lieutenants, Jean-Marcel Marcot et Jean-Louis Loursin, que Cornélius avait déjà repérés dans la cour. Ils riaient niaisement en se jetant le cartable du pauvre Binocle qui courait de l'un à l'autre pour tenter de l'attraper. A chaque passage, le malheureux se prenait un coup, une claque sur la tête ou un coup de pied aux fesses, selon l'inspiration du moment.
A la grande surprise de Gordo, Cornélius bondit sur la scène et se saisit du cartable au vol. Les tourmenteurs et leur victime restèrent un instant figés devant cette apparition soudaine, et c'est Delecher qui réagit le premier :
« Qu'est-ce que tu veux, crétin ? »
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