Les Chroniques de l'Etang
Lundi
21 Mai
2012
a Confrérie de l'As de Pique
Chapitre 1. Le Nouveau
« Allez vous assoir, Tournel ! »
La voix sèche de monsieur Lambert mit brutalement fin au brouhaha de la classe. Il avait l'habitude de désigner ses élèves par leur seul nom de famille et il n'allait pas changer pour ce nouveau qui se trouvait planté sur l'estrade.
Cornélius Tournel, comme l'avait présenté le Directeur, avait presque dix ans. C'était le fils de Madame Tournel, la nouvelle secrétaire de mairie. Ils venaient tout juste de s'établir à Morneville, dans le logement mis à leur disposition par la mairie et le jeune Cornélius allait intégrer la classe des Moyens. Le Directeur n'avait rien dit d'autre, il avait tout de suite tourné les talons et avait fait les quelques pas qui le séparaient de la porte dans un grincement de souliers puis avait disparu.
Le nouveau n'avait pu se retenir de pouffer de rire quand il avait entendu ce bruit incongru, et il avait été immédiatement suivi par l'ensemble de la classe. Ce n'est pas pour rien qu'on avait affublé le directeur du surnom de “Squick”.
Cet incident lui avait immédiatement attiré la sympathie des élèves de la classe. Son attitude aussi. Il avait un corps allongé, des cheveux châtains toujours ébouriffés malgré les efforts constants de sa mère pour les discipliner, un visage oblong et un rien boudeur, illuminé par des yeux espiègles. Il dégageait de lui quelque chose de rebelle et d'effronté, et Monsieur Lambert savait déjà qu'il aurait du mal avec celui-là.
Mais quelque chose d'autre préoccupait les enfants. Si le directeur avait parlé de sa mère, il n'avait pas dit un seul mot sur son père. Ils en avaient logiquement déduit qu'il y avait là quelque chose de suspect. Alors qui était donc ce mystérieux M. Tournel ?
Les rumeurs commencèrent à circuler dès la récréation...
La voix sèche de monsieur Lambert mit brutalement fin au brouhaha de la classe. Il avait l'habitude de désigner ses élèves par leur seul nom de famille et il n'allait pas changer pour ce nouveau qui se trouvait planté sur l'estrade.
Cornélius Tournel, comme l'avait présenté le Directeur, avait presque dix ans. C'était le fils de Madame Tournel, la nouvelle secrétaire de mairie. Ils venaient tout juste de s'établir à Morneville, dans le logement mis à leur disposition par la mairie et le jeune Cornélius allait intégrer la classe des Moyens. Le Directeur n'avait rien dit d'autre, il avait tout de suite tourné les talons et avait fait les quelques pas qui le séparaient de la porte dans un grincement de souliers puis avait disparu.
Le nouveau n'avait pu se retenir de pouffer de rire quand il avait entendu ce bruit incongru, et il avait été immédiatement suivi par l'ensemble de la classe. Ce n'est pas pour rien qu'on avait affublé le directeur du surnom de “Squick”.
Cet incident lui avait immédiatement attiré la sympathie des élèves de la classe. Son attitude aussi. Il avait un corps allongé, des cheveux châtains toujours ébouriffés malgré les efforts constants de sa mère pour les discipliner, un visage oblong et un rien boudeur, illuminé par des yeux espiègles. Il dégageait de lui quelque chose de rebelle et d'effronté, et Monsieur Lambert savait déjà qu'il aurait du mal avec celui-là.
Mais quelque chose d'autre préoccupait les enfants. Si le directeur avait parlé de sa mère, il n'avait pas dit un seul mot sur son père. Ils en avaient logiquement déduit qu'il y avait là quelque chose de suspect. Alors qui était donc ce mystérieux M. Tournel ?
Les rumeurs commencèrent à circuler dès la récréation...
Il faut savoir que l'école primaire de Morneville était divisée en trois classes, les Petits, dirigés par mademoiselle Molyneux, les Moyens, avec monsieur Lambert, et les Grands, sous l'autorité de Squick. Les enfants étaient plus ou moins répartis en fonction de leur âge et tout le monde se retrouvait dans la cour à l'heure de la récréation.
Là, les groupes se formaient selon les affinités de chacun et on discutait du “Nouveau” avec des airs de conspirateur.
Une version, diffusée par un Grand, Orville Delecher, le fils du commissaire – donc une garantie de crédibilité –, avançait que le père de Cornélius était en prison. A partir de là, une variante s'était développée, qui disait qu'il était décédé, de mort violente comme il se doit, tué dans un affrontement avec la police. Ou avec des gangsters, c'était comme on voulait.
Ces théories avaient cours principalement chez les garçons qui les relayaient en les déformant à chaque fois.
Du côté des filles, on penchait plutôt vers l'hypothèse, moins romanesque mais plus plausible, du divorce. Divorce pour violence conjugale, et l'affaire serait en cours de jugement.
Dans tous les cas, le sort de monsieur Tournel était réglé : s'il n'était pas déjà mort, il avait pour le moins de graves démêlés avec la justice.
Au milieu de cette effervescence, Cornélius avait été mis de côté. De toute évidence c'était bien plus excitant de laisser son imagination vagabonder que de demander les informations à la personne intéressée.
Il entendit soudain une voix derrière lui qui l'interpelait...
Là, les groupes se formaient selon les affinités de chacun et on discutait du “Nouveau” avec des airs de conspirateur.
Une version, diffusée par un Grand, Orville Delecher, le fils du commissaire – donc une garantie de crédibilité –, avançait que le père de Cornélius était en prison. A partir de là, une variante s'était développée, qui disait qu'il était décédé, de mort violente comme il se doit, tué dans un affrontement avec la police. Ou avec des gangsters, c'était comme on voulait.
Ces théories avaient cours principalement chez les garçons qui les relayaient en les déformant à chaque fois.
Du côté des filles, on penchait plutôt vers l'hypothèse, moins romanesque mais plus plausible, du divorce. Divorce pour violence conjugale, et l'affaire serait en cours de jugement.
Dans tous les cas, le sort de monsieur Tournel était réglé : s'il n'était pas déjà mort, il avait pour le moins de graves démêlés avec la justice.
Au milieu de cette effervescence, Cornélius avait été mis de côté. De toute évidence c'était bien plus excitant de laisser son imagination vagabonder que de demander les informations à la personne intéressée.
Il entendit soudain une voix derrière lui qui l'interpelait...
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