Les Chroniques de l'Etang
Mercredi
22 Février
2012
n été en Roue-Libre
Chapitre 4. Un As de Coeur parmi les As de Pique
La cabane n'avait rien d'extraordinaire. D'après Stella elle aurait eu besoin d'un bon coup de ménage et les meubles se faisaient rares, mais il faut reconnaître que les garçons avaient fait un gros travail de réhabilitation depuis qu'ils l'avaient élue comme siège de leur société secrète.
Elle était plongée dans une demi-pénombre. Les membres de la très sérieuse Confrérie de l'As de Pique allumèrent chacun une bougie – je préfère ne pas vous dire où ils les avaient trouvées, le père Léonard serait furieux –, qu'ils posèrent sur une caisse en bois posée au centre de la pièce et qui faisait office de table.
Puis Touli sortit d'une cache secrète une boîte rectangulaire en bois, qui avait dû contenir autrefois des cigares. Il la posa avec mille précautions sur la table, devant les yeux attentifs de ses camarades et actionna le mécanisme d'ouverture. Le couvercle bascula et Stella put voir ce que la boîte contenait. Posée à plat sur le fond, il y avait une vieille carte à jouer, cornée et aux couleurs jaunies. Un As de Pique.
C'était l'emblème de la Confrérie, l'objet qu'ils avaient trouvé ici même et qui lui avait donné son nom le jour où ils avaient réussi à échapper à la bande à Delecher.
Stella dû poser la main droite sur la carte. Elle jura solennellement fidélité à la Confrérie à laquelle elle appartenait maintenant et elle s'engagea à ne jamais révéler à quiconque son existence. Elle cracha par terre pour compléter le rituel.
Pour bien marquer sa différence, parce qu'elle était une fille, elle décida qu'elle serait ne serait pas un As de Pique mais un As de Cœur.
L'idée plut aux autres membres qui acceptèrent son nom de code.
Ils célébrèrent ensuite dignement l'événement avec une bouteille de soda et du chocolat blanc – le meilleur, d'après Gordo –, qu'ils sortirent de leur réserve spéciale, puis se racontèrent des histoires à faire peur à la lueur vacillante des bougies.
Mais il était déjà temps de penser à rentrer. Il allait falloir faire le chemin inverse et dans les mêmes conditions.
On utiliserait la même tactique, puisqu'elle avait, bon gré mal gré, fonctionné à l'aller.
Elle était plongée dans une demi-pénombre. Les membres de la très sérieuse Confrérie de l'As de Pique allumèrent chacun une bougie – je préfère ne pas vous dire où ils les avaient trouvées, le père Léonard serait furieux –, qu'ils posèrent sur une caisse en bois posée au centre de la pièce et qui faisait office de table.
Puis Touli sortit d'une cache secrète une boîte rectangulaire en bois, qui avait dû contenir autrefois des cigares. Il la posa avec mille précautions sur la table, devant les yeux attentifs de ses camarades et actionna le mécanisme d'ouverture. Le couvercle bascula et Stella put voir ce que la boîte contenait. Posée à plat sur le fond, il y avait une vieille carte à jouer, cornée et aux couleurs jaunies. Un As de Pique.
C'était l'emblème de la Confrérie, l'objet qu'ils avaient trouvé ici même et qui lui avait donné son nom le jour où ils avaient réussi à échapper à la bande à Delecher.
Stella dû poser la main droite sur la carte. Elle jura solennellement fidélité à la Confrérie à laquelle elle appartenait maintenant et elle s'engagea à ne jamais révéler à quiconque son existence. Elle cracha par terre pour compléter le rituel.
Pour bien marquer sa différence, parce qu'elle était une fille, elle décida qu'elle serait ne serait pas un As de Pique mais un As de Cœur.
L'idée plut aux autres membres qui acceptèrent son nom de code.
Ils célébrèrent ensuite dignement l'événement avec une bouteille de soda et du chocolat blanc – le meilleur, d'après Gordo –, qu'ils sortirent de leur réserve spéciale, puis se racontèrent des histoires à faire peur à la lueur vacillante des bougies.
Mais il était déjà temps de penser à rentrer. Il allait falloir faire le chemin inverse et dans les mêmes conditions.
On utiliserait la même tactique, puisqu'elle avait, bon gré mal gré, fonctionné à l'aller.
Malheureusement, dès le début des opérations un incident se produisit. Une planche de l'embarcadère, plus vermoulue que les autres, céda sous le poids conjoint de Roue-Libre et de sa passagère. Le véhicule chavira et tomba dans l'eau, emportant Stella avec lui. Elle poussa un grand cri d'effroi.
Touli plongea sans hésiter, suivi juste derrière par Gordo.
Ils touchèrent douloureusement le fond recouvert de galets : à cet endroit, le niveau de l'eau atteignait tout juste soixante centimètres. Aucun danger.
Assis dans l'eau, encore une fois trempés, ils riaient aux éclats sous les yeux réprobateurs de Binocle, qui n'avait pas plongé parce que, disait-il, “il avait des lunettes”.
Finalement ce serait plus facile d'embarquer de cette manière, l'eau allait aider à se hisser à bord.
Le fauteuil roulant fut rapidement retrouvé, il gisait au fond de l'étang à un mètre d'eux et on le monta lui aussi dans le bateau. Plié – toute une technique ! –, il tenait peu de place et permettait aux quatre passagers de faire le voyage ensemble.
Binocle eut l'idée d'accoster sur la berge plutôt que sur la jetée des pêcheurs et l'opération de débarquement, bien que laborieuse, en fut grandement simplifiée.
Il faisait encore jour, mais il fallait se dépêcher de rentrer au domaine des Sorbiers, Touli avait promis à madame Vandenberg de ramener sa fille avant sept heures du soir.
On remit le bateau du père Léonard à sa place, mais pas le temps de se sécher, il allait falloir expliquer pourquoi tout le monde, y compris Roue-Libre, était trempé. Et il faudrait peut-être remplacer celui-ci avant la fin de l'été vu les dommages qu'il avait subi.
Mais contrairement à leurs craintes madame Vandenberg ne les gronda pas. Peut-être qu'elle commençait à avoir l'habitude... Peut-être qu'elle était trop contente de voir sa fille reprendre goût à la vie. Elle les accueillit simplement avec un sourire entendu et finit par leur dire d'un ton teinté d'humour :
« La prochaine fois que vous irez vous baigner, pensez au moins à prendre vos maillots de bain. »
Touli plongea sans hésiter, suivi juste derrière par Gordo.
Ils touchèrent douloureusement le fond recouvert de galets : à cet endroit, le niveau de l'eau atteignait tout juste soixante centimètres. Aucun danger.
Assis dans l'eau, encore une fois trempés, ils riaient aux éclats sous les yeux réprobateurs de Binocle, qui n'avait pas plongé parce que, disait-il, “il avait des lunettes”.
Finalement ce serait plus facile d'embarquer de cette manière, l'eau allait aider à se hisser à bord.
Le fauteuil roulant fut rapidement retrouvé, il gisait au fond de l'étang à un mètre d'eux et on le monta lui aussi dans le bateau. Plié – toute une technique ! –, il tenait peu de place et permettait aux quatre passagers de faire le voyage ensemble.
Binocle eut l'idée d'accoster sur la berge plutôt que sur la jetée des pêcheurs et l'opération de débarquement, bien que laborieuse, en fut grandement simplifiée.
Il faisait encore jour, mais il fallait se dépêcher de rentrer au domaine des Sorbiers, Touli avait promis à madame Vandenberg de ramener sa fille avant sept heures du soir.
On remit le bateau du père Léonard à sa place, mais pas le temps de se sécher, il allait falloir expliquer pourquoi tout le monde, y compris Roue-Libre, était trempé. Et il faudrait peut-être remplacer celui-ci avant la fin de l'été vu les dommages qu'il avait subi.
Mais contrairement à leurs craintes madame Vandenberg ne les gronda pas. Peut-être qu'elle commençait à avoir l'habitude... Peut-être qu'elle était trop contente de voir sa fille reprendre goût à la vie. Elle les accueillit simplement avec un sourire entendu et finit par leur dire d'un ton teinté d'humour :
« La prochaine fois que vous irez vous baigner, pensez au moins à prendre vos maillots de bain. »
Fin de l'histoire
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