Les Chroniques de l'Etang
Mercredi
22 Février
2012
n été en Roue-Libre
Chapitre 1. Au-delà du domaine des Sorbiers
Depuis le début des vacances d'été, Cornélius avait pris l'habitude de rendre régulièrement visite à Stella Vandenberg, sa nouvelle amie qui habitait le domaine des Sorbiers, la grande propriété à la sortie de la ville, en direction de l'étang.
Elle avait neuf ans, le même âge que lui, mais la pauvre, un accident l'avait privée de l'usage de ses jambes et elle vivait maintenant dans un fauteuil roulant.
Madame et monsieur Vandenberg, ses parents, avaient d'abord vu d'un œil circonspect cette nouvelle amitié. Cornélius avait plus l'apparence d'un garnement que d'un fils de bonne famille avec ses cheveux en bataille et son allure dégingandée, mais il avait réussi le miracle de redonner le sourire à leur fille unique.
Les suites de l'accident de voiture dont elle avait été victime quand ils habitaient encore à Saint Amelot, une grande ville à une soixantaine de kilomètres de Morneville, avaient été dévastatrices pour elle. Ses parents l'avaient vue lentement devenir neurasthénique. Elle refusait de sortir, ne voyait plus personne, elle ne parlait même plus et mangeait à peine, si bien que sur les conseils de leur médecin, ils décidèrent de venir s'établir à la campagne dans un nouvel environnement qui lui permettrait, espéraient-ils, de surpasser cette épreuve.
Les spécialistes assuraient qu'il y avait une chance qu'elle puisse à nouveau marcher un jour, mais ce serait au prix de longs efforts. Et malheureusement, jusqu'à présent le changement de milieu n'avait apporté aucune amélioration.
Aussi quand Hugo, le majordome-gardien-secrétaire-chauffeur à la grosse moustache qui était depuis toujours au service de la famille, leur avait dit qu'il l'avait vue sourire et même rire le jour de sa rencontre mémorable avec Cornélius, ils n'y avaient d'abord pas cru.
Pourtant il fallait bien se rendre à l'évidence, le contact avec le jeune garçon avait un effet extrêmement positif sur le moral de Stella, et par voie de conséquence sur son état physique. Il faut dire qu'il ne se préoccupait pas trop de son handicap et la poussait à sortir et à faire des choses qu'elle pensait ne pas pouvoir faire, la plupart du temps en compagnie de Gordo et Binocle. A eux trois ils formaient la Confrérie de l'As de Pique, une société secrète qu'ils avaient créée quand ils s'étaient rencontrés. Depuis, une solide amitié les liait.
Stella avait appris par hasard que le nom de famille de Cornélius était Tournel, aussi elle l'avait affectueusement surnommé “Touli” et ce sobriquet lui était resté.
Elle avait neuf ans, le même âge que lui, mais la pauvre, un accident l'avait privée de l'usage de ses jambes et elle vivait maintenant dans un fauteuil roulant.
Madame et monsieur Vandenberg, ses parents, avaient d'abord vu d'un œil circonspect cette nouvelle amitié. Cornélius avait plus l'apparence d'un garnement que d'un fils de bonne famille avec ses cheveux en bataille et son allure dégingandée, mais il avait réussi le miracle de redonner le sourire à leur fille unique.
Les suites de l'accident de voiture dont elle avait été victime quand ils habitaient encore à Saint Amelot, une grande ville à une soixantaine de kilomètres de Morneville, avaient été dévastatrices pour elle. Ses parents l'avaient vue lentement devenir neurasthénique. Elle refusait de sortir, ne voyait plus personne, elle ne parlait même plus et mangeait à peine, si bien que sur les conseils de leur médecin, ils décidèrent de venir s'établir à la campagne dans un nouvel environnement qui lui permettrait, espéraient-ils, de surpasser cette épreuve.
Les spécialistes assuraient qu'il y avait une chance qu'elle puisse à nouveau marcher un jour, mais ce serait au prix de longs efforts. Et malheureusement, jusqu'à présent le changement de milieu n'avait apporté aucune amélioration.
Aussi quand Hugo, le majordome-gardien-secrétaire-chauffeur à la grosse moustache qui était depuis toujours au service de la famille, leur avait dit qu'il l'avait vue sourire et même rire le jour de sa rencontre mémorable avec Cornélius, ils n'y avaient d'abord pas cru.
Pourtant il fallait bien se rendre à l'évidence, le contact avec le jeune garçon avait un effet extrêmement positif sur le moral de Stella, et par voie de conséquence sur son état physique. Il faut dire qu'il ne se préoccupait pas trop de son handicap et la poussait à sortir et à faire des choses qu'elle pensait ne pas pouvoir faire, la plupart du temps en compagnie de Gordo et Binocle. A eux trois ils formaient la Confrérie de l'As de Pique, une société secrète qu'ils avaient créée quand ils s'étaient rencontrés. Depuis, une solide amitié les liait.
Stella avait appris par hasard que le nom de famille de Cornélius était Tournel, aussi elle l'avait affectueusement surnommé “Touli” et ce sobriquet lui était resté.
Aujourd'hui allait être un jour spécial. Cornélius, ou plutôt Touli, n'en pouvait plus de pousser le fauteuil roulant dans l'allée de gravier qui traversait le parc. Même avec l'aide de Gordo et de sa force colossale, ils finissaient la plupart du temps enlisés. Aussi avait-il demandé à Hugo si c'était possible de transformer cette allée pour la rendre carrossable. Le zélé serviteur avait alors cimenté les chemins qui parcouraient la propriété, et les avait élargis pour que le fauteuil puisse y circuler.
Enfin, ils pouvaient aller et venir librement et profiter du grand parc qui entourait la demeure ! Mais Touli avait autre chose en tête, il voulait aller au delà du portail rouillé qui séparait le domaine des Sorbiers du reste du monde. Il sentait que pour Stella ce serait une étape importante, qu'elle ne voulait d'ailleurs pas franchir. Il espérait secrètement qu'à la rentrée prochaine elle intègre l'école primaire de Morneville, comme tous les autres enfants.
La balade avait commencé comme d'habitude, mais après plusieurs détours, ils se retrouvèrent comme par hasard devant la grille. Là, d'une voix faussement détachée, il lui indiqua la direction de gauche :
« Par là, on va vers l'étang, là où se trouve notre cabane. Je voudrais bien t'y emmener, mais la route se transforme en chemin de terre un peu plus loin et on ne pourra pas passer avec ton fauteuil. Et de l'autre côté, c'est Morneville. C'est par là qu'on va. »
Il ouvrit la grille avec la clef qu'il avait empruntée à Hugo – celui-ci ne pouvait rien lui refuser depuis qu'il l'avait assommé suite à un malentendu – et il poussa le fauteuil jusque sur la route, sans autre explication. Il vit la panique gagner son amie. Pour tenter de la rassurer, il inventa une vague histoire de livre à aller récupérer chez Binocle.
Elle avait beau maugréer, gesticuler, l'implorer, il ne lui laissait pas le choix, alors elle se fit une raison. C'était toujours comme cela avec lui.
Enfin, ils pouvaient aller et venir librement et profiter du grand parc qui entourait la demeure ! Mais Touli avait autre chose en tête, il voulait aller au delà du portail rouillé qui séparait le domaine des Sorbiers du reste du monde. Il sentait que pour Stella ce serait une étape importante, qu'elle ne voulait d'ailleurs pas franchir. Il espérait secrètement qu'à la rentrée prochaine elle intègre l'école primaire de Morneville, comme tous les autres enfants.
La balade avait commencé comme d'habitude, mais après plusieurs détours, ils se retrouvèrent comme par hasard devant la grille. Là, d'une voix faussement détachée, il lui indiqua la direction de gauche :
« Par là, on va vers l'étang, là où se trouve notre cabane. Je voudrais bien t'y emmener, mais la route se transforme en chemin de terre un peu plus loin et on ne pourra pas passer avec ton fauteuil. Et de l'autre côté, c'est Morneville. C'est par là qu'on va. »
Il ouvrit la grille avec la clef qu'il avait empruntée à Hugo – celui-ci ne pouvait rien lui refuser depuis qu'il l'avait assommé suite à un malentendu – et il poussa le fauteuil jusque sur la route, sans autre explication. Il vit la panique gagner son amie. Pour tenter de la rassurer, il inventa une vague histoire de livre à aller récupérer chez Binocle.
Elle avait beau maugréer, gesticuler, l'implorer, il ne lui laissait pas le choix, alors elle se fit une raison. C'était toujours comme cela avec lui.
Ils arrivèrent à la maison du docteur Mazal, le père de Binocle, qui portait les mêmes lunettes que son fils. A moins que ce soit le contraire. Touli et Stella se mirent à rire à l'idée qu'ils devaient sûrement acheter leurs lunettes ensemble pour faire des économies.
C'était ce qu'elle aimait en lui avant tout : il avait toujours quelque chose à inventer pour la faire rire et la distraire. Et jamais il ne la regardait avec l'air apitoyé des autres gens. C'était un vrai copain. Mieux que ça, un complice.
Binocle avait fini son cours de piano – une idée de ses parents, pas de lui – et il vint à la porte pour les rejoindre. Il sortit son air bête quand Touli lui dit qu'il venait récupérer le livre qu'il lui avait prêté. Il n'avait aucune idée de quoi il voulait parler, mais il se douta que c'était une nouvelle histoire qu'il avait inventée, aussi il alla rapidement prendre un bouquin au hasard et le lui tendit. C'était un livre de filles, Les Petites Filles Modèles, de la Comtesse de Ségur...
Cornélius se hâta de le faire disparaître avant que Stella n'émette la moindre remarque, mais son regard moqueur et son petit sourire en coin indiquaient qu'elle n'était pas dupe.
C'était ce qu'elle aimait en lui avant tout : il avait toujours quelque chose à inventer pour la faire rire et la distraire. Et jamais il ne la regardait avec l'air apitoyé des autres gens. C'était un vrai copain. Mieux que ça, un complice.
Binocle avait fini son cours de piano – une idée de ses parents, pas de lui – et il vint à la porte pour les rejoindre. Il sortit son air bête quand Touli lui dit qu'il venait récupérer le livre qu'il lui avait prêté. Il n'avait aucune idée de quoi il voulait parler, mais il se douta que c'était une nouvelle histoire qu'il avait inventée, aussi il alla rapidement prendre un bouquin au hasard et le lui tendit. C'était un livre de filles, Les Petites Filles Modèles, de la Comtesse de Ségur...
Cornélius se hâta de le faire disparaître avant que Stella n'émette la moindre remarque, mais son regard moqueur et son petit sourire en coin indiquaient qu'elle n'était pas dupe.
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